vendredi 12 juin 2015

Spock disciple de Sénèque

La philosophie vulcaine

Alors que, depuis la mort de Leonard Nimoy ce février, je faisais un rallye star trek pour la cinquième fois, j’eus comme une révélation à propos des vulcains. Les vulcains, pour ceux qui se sont endormis dans le fond, sont une race présente dans l’univers de Star Trek et sont représentés particulièrement par le cultissime Spock. La révélation que j’ai eu à leur propos donc, c’est que leur philosophie de vie s’apparente complètement au Stoïcisme, philosophie d’abord grecque puis latine qui avait sa petite influence dans le monde antique. Cette philosophie est aussi intéressante que la culture des vulcains alors partons pour une petite explication détaillée. Je préviens par avance, je vais surtout prendre des références issues du reboot de Star Trek de notre cher J.J Abrams (qui illustre à lui tout seul l’absurdité de la guerre Star Wars, Star Trek) parce que même si le matériau d’origine est formidable et immortel, il est hélas moins connu de tous et seuls les plus érudits ont encore ses répliques en tête. Le reboot est ce qui a permis à Star Trek de se réinsérer dans la culture voilà pourquoi il sera ma principale base de réflexion.

Live long and prosper

Le Stoïcisme est un courant philosophique né à Athènes en -301 et qui a traversé les siècles non sans quelques modifications pour se faire une place dans la grande Rome. Ces principaux ambassadeurs furent Cicéron mais surtout Sénèque qui aujourd’hui reste dans la mémoire commune comme le grand stoïcien. Il est au stoïcisme ce que le seigneur des anneaux est au genre fantastique en somme. Le stoïcisme est une philosophie complexe qui se base sur beaucoup de critères donc je vais forcément en omettre énormément pour cette analogie avec les vulcains.

Le but de l’école stoïcienne comme le but de l’éducation vulcaine est de former des sages. On est sage lorsque l’on vit à travers la Raison. L’un des outils qui permet cette sagesse et qui est essentiel aux vulcains est la connaissance et les sciences. En effet, la science est quelque chose de relativement rationnel et qui s’appuie sur des certitudes solides. C’est ainsi que les vulcains ont une Académie Vulcaine des sciences très renommée et que le film Star Trek (2009) montre pour la première fois la planète avec des enfants qui étudient les sciences. Ils étudient surtout les sciences célestes qui étaient selon Sénèque très importantes à maîtriser. Spock représente cette conscience scientifique puisqu’il est lui-même officier scientifique au sein de l’Enterprise et comme il le dit si bien dans Star Trek into darkness : « I am Vulcan, sir. We embrace technicality. » (« je suis Vulcain monsieur. Nous embrassons la technique »). La connaissance est si importante pour les vulcains et pour les stoïciens parce qu’elle permet un mode de réflexion basé sur la Logique.

La logique est en effet une chose très importante pour ces deux cultures. On ne compte même plus le nombre de fois où Spock dit le mot « logique » rien que dans les deux derniers Star Trek. Leurs décisions, leurs actions, les vulcains comme les stoïciens les effectues grâce à la logique à tel point que dans la vieille série (parce que ça me fait trop mal au cœur de pas l’évoquer quand même) Amanda Greyson s’énerve en clamant : « Logique ! Logique ! J’en suis malade de la logique ! Vous voulez savoir ce que je pense de votre logique ? ».  Selon les stoïciens, la logique est même la partie première de la philosophie. Ils ont eux-mêmes fondé une nouvelle logique qui est la logique par les propositions. Cette logique est assez compliquée et longue à expliquer alors je vais le faire en traits très grossiers mais néanmoins si cela vous intéresse particulièrement internet est un lieu de connaissances inépuisable. La logique stoïcienne est ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui le "calcul des propositions". Leur logique s’apparente au discours mais on peut l’extrapoler aux décisions et elle se base sur une croyance qu’il y a toujours des possibilités et jamais de termes. Comme le dit Spock dans le Star Trek de 2009 : « It was logical to cultivate multiple options. » (« il était logique de cultiver plusieurs options »). La connaissance et les sciences permettent la possibilité de plusieurs propositions.

Une fac sympa
C’est cette logique qui crée l’éthique stoïcienne et vulcaine. Leur éthique se base sur un contrôle des sentiments. Ce contrôle est possible grâce à la logique et la raison. Il s’agit de ne pas se laisser entraîner par ses passions mais il ne s’agit pas non plus de ne rien ressentir : le tout c’est de contrôler. Ce contrôle est accessible par l’éducation (l’éducation vulcaine embrasse cette idée). Les stoïciens comme les vulcains ont donc une vie non pas régie par les passions mais par le devoir. Un vrai sage est celui qui accomplit son devoir parfait, qui suit sa fonction propre à la lettre. En effet la philosophie stoïcienne se base sur la nature et sur ce qui est conforme à la nature. En faisant son devoir on suit ce que la nature a décidé pour nous : « Se serait totalement illogique d'aller à l'encontre de notre nature. » dit Spock dans la série. Avec cette idée de nature, s’accompagne une idée de destin. Selon les stoïciens, tout ce qui se passe dans notre monde est lié à une seule et même cause totale. La nature est donc universelle car elle sert un but commun et sachant que tout est lié, nous sommes esclave d’une destinée. Voilà pourquoi le Spock du futur dans le premier Star Trek (2009) parle de ses choix selon une destinée et pourquoi Spock au début de into darkness n’a pas peur de la mort : La mort est ce que la nature a choisi pour nous, si elle survient c’est dans un but logique, il faut donc l’affronter. « The purpose is to experience fear, fear in the face of certain death, to accept that fear, and maintain control of oneself and one's crew » (« le but est d’expérimenter la peur, la peur en face d’une mort certaine, d’accepter cette peur, et maintenir le contrôle de soi-même et de son équipage ») est ce qui fait un bon capitaine selon Spock. A partir du moment où l’on accepte que la mort est une nécessité de la nature il ne sert à rien d’en avoir peur. Là où Sénèque (plus que le stoïcisme) se rapproche beaucoup de Spock c’est dans cette conception de la mort : il ne faut pas en avoir peur mais malgré tout la vie reste un bien au sens du patrimoine. Voilà pourquoi Spock sauve les savants au moment de la destruction de Vulcain.

Alerte Vulcain fragile
La philosophie stoïcienne est bien plus profonde et complexe que cela et englobe beaucoup d’autres sujets mais j’ai choisis ces grandes lignes permettant une analogie presque parfaite entre les stoïciens et les vulcains. Comme quoi, l’aspiration de Star Trek à représenter notre monde réel est bien réussie puisque les piliers de l’antique philosophie vulcaines sont les mêmes que ceux de notre antique philosophie latine.


Nerd Anonyme 

mardi 2 juin 2015

Platon joue à Metal Gear Solid 2 dans sa caverne

Le sens de Metal Gear Solid 2

Comme je pouvais l’expliquer dans mon premier article, le jeu vidéo est un art. Ainsi, il est doté d’un rôle, celui de transmettre un discours. Par discours j’entends une réflexion sur l’être humain, sur la société en général, une réflexion qui peut parfois s’accompagner d’une critique ou n’être qu’une simple imitation. Si je prends l’exemple de Mario Bross, c’est un jeu qui ne reprend que le schéma du sauvetage de la demoiselle en détresse qui est une imitation de notre société dans laquelle les stéréotypes et notre culture placent l’homme comme sauveur de la femme car il est plus fort plus courageux, etc. Dans ce jeu il ne s’agit que d’une imitation et la reprise d’un schéma si connu de tous permet de rendre le divertissement plus accessible. Mais parfois (même souvent aujourd’hui), on trouve des jeux qui vont plus loin dans le procédé et tentent d’installer une vraie réflexion, parfois inspirée des plus grands. Parmi tous ces jeux, prenons le cas de ce chef-d’œuvre qu’est Metal Gear Solid 2.

Metal Gear Solid 2 : Sons of liberty, est un jeu absolument génial si ce n’est grandiose mais ici il ne s’agit pas de le vanter mais d’extraire tout ce qui en fait sa puissance philosophique. Pour ce faire nous allons surtout nous atteler à la fin qui est le puissant moment de révélation. Donc, si vous n’y avez pas joué et que vous comptez le faire, arrêtez-vous là sauf si ça ne vous dérange pas d’être spoilé bien salement (soyez prudent un jour ce sera à propos de game of thrones et vous ferez moins les malins). Sinon pour les autres, en avant.

Tu la vois venir ma grande portée philosophique ?

La fin de Metal Gear donc, c’est ce moment assez difficile où l’on découvre que notre avatar, Raiden, est en fait manipulé depuis le début. On comprend que l’on joue à une simulation qui elle-même est une simulation (simulationception).  Même si ce mécanisme est assez courant aujourd’hui, quand le jeu est sorti, cela ne l’était pas tellement (dans le cadre des jeux-vidéos parce qu’en ce qui concerne les autres arts, le cinéma surtout, le concept est déjà bien usé). La simulation est, déjà, le premier enjeu qu’il faudrait aborder pour l’explication de ce dénouement notamment à partir de cette phrase : « Dans notre monde, la réalité absolue n’existe pas » prononcée par Solid Snake. Qu’est-ce que ça veut dire grand dieu ? En fait nous vivons dans une sorte de matrice. Bien entendu je n’utilise pas ce terme au hasard puisque Matrix reprend exactement la même problématique. Aujourd’hui nous avons un problème d’apport avec le réel et le jeu essaie d’amener une réflexion sur le fait que nous vivons dans une simulation tout le temps. Baudrillard, philosophe français contemporain écrivait dans son livre simulacres et simulation que « le réel n’existe plus ». Dit comme ça, je l’accorde, ça fait un peu théorie du complot mais laissez-moi développer la chose. Cette réflexion s’inscrit dans une logique contemporaine au sein de laquelle nous sommes sans cesse assaillit d’images, de modèles, de publicités. Ces images nous montrent des modes de vie, des schémas comme la famille parfaite de la pub Ricoré ou « la fille dans la voiture ». La vie moderne est une simulation de ces modèles que l’on nous montre. Comme ça c’est un peu grossier et je t’imagine bien toi derrière ton écran en train de t’exclamer « mais je ne suis pas dupe ! ». Bien sûr que si tu l’es. Prenons un exemple bien précis, celui de la marque Abercrombie. Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi leurs fringues sont si chères ? Parce que dans la pub c’est un mec musclé en noir et blanc que tu vois, parce que le magasin il faut faire la queue pour y rentrer et que le bâtiment est beau et que y’a de la musique, etc. La marque te fait croire que porter son vêtement c’est la classe, que c’est un signe de richesse donc elle te vend un haut en coton à prix d’or alors que, entre nous, y-a-t-il une grande différence entre ton haut Abercrombie et celui petit bateau à part le nom de la marque ? Non, mais on simule le fait qu’il y ait une différence. C’est un peu la problématique du monde sensible de Platon (l’un des philosophes grecs famous avec la barbe la plus longue, un peu style Gandalf). Nous vivons selon lui dans le monde sensible. Le monde sensible c’est cette réalité corrompue par les sens, par les apparences et les croyances et, à ça, s’oppose le monde intelligible qui lui est fait des réalités immuables et régit par la Raison. Le monde intelligible peut être atteint mais par peu et finalement nous demeurons tous ou presque dans le monde sensible. (Mon explication étant grossière pour ne pas trop m’étaler, je t’invite à te cultiver en lisant cette allégorie de la caverne qui se trouve dans La République parce que si ce n’est pas déjà fait tu devrais avoir honte). Si le jeu transmet si bien cette question de simulation c’est en brisant sans cesse le quatrième mur avec des réflexions comme « il faut éteindre la console maintenant » ou en plaçant ton propre pseudo sur les plaques que regarde Raiden. En s’adressant à son joueur,  le jeu demande très simplement : Qui simule ? L’avatar dans un jeu représente le fantasme de toute puissance mais si même lui est dupé, que penser de Moi ?


Le deuxième enjeu de Metal Gear 2 est bien entendu celui de la liberté (avec comme sous-titre sons of liberty on s’y attendait presque). Ici est évoquée la thèse de la liberté dans un contexte (puisque les patriotes créent le contexte). Spontanément, on peut se dire que si on est encadré il n’y a justement aucune liberté et pourtant il pourrait s’agir de l’inverse. Par contexte, j’entends l’ensemble des lois ou des accords moraux encadrant nos vies. Rousseau dans Du contrat social (un peu la bible des professeurs de philosophie) prétend qu’avec le pacte social, donc l’instauration d’une constitution, nous perdons notre liberté naturelle mais nous gagnons notre liberté civile et morale. La liberté naturelle est celle dont la seule limite est la force propre à chaque individu donc elle privilégie la loi du plus fort. La liberté civile c’est l’obéissance à la loi de notre plein gré et la liberté morale c’est de ne pas être possédé par ses pulsions. Car les pulsions ici sont l’inverse de la liberté comme le considérait déjà le personnage de Socrate (mit en scène) dans le Gorgias de Platon : Il argue contre Calliclès que l’homme doit s’imposer un cadre moral (le contexte) même individuellement car le désir, notion insatiable, est synonyme de servitude. Alors quelle est la vraie liberté ? Celle naturelle lorsque l’on est mue par la force et le désir ou celle morale lorsque l’on vit en se maintenant et en suivant les règles ? Dans le jeu, Solidus Snake réclame dissolution du contexte par une révolution. A contrario Solid Snake semble pouvoir s’en contenter. Parce que, en fait, on est libre au sein du contexte. Ce jeu défend cette position car finalement n’est-ce pas l’essence même du jeu vidéo ? On est contraint par un contexte, une carte, une ligne directrice mais on est libre de prendre un chemin plutôt qu’un autre, esquiver ce coup ou le prendre. A la fin, Solid Snake appelle à la liberté en disant que celle-ci se trouve dans la transmission et la quête de soi. Mais cela peut-il se faire sans le contrôle des folies humaines par les patriotes ? Le problème c’est que le contexte est géré par nos gouvernements et que, pour le maintenir, il faut surveiller. Ainsi apparaissent des lois comme, dans la réalité, la loi sur le renseignement internet. On peut alors se demander s’il s’agit ici d’un acte liberticide ou d’une volonté de protéger le contexte.

Finalement, Metal Gear Solid 2 se place parfaitement dans les problématiques actuelles. Il englobe le problème d’une enfoncée dans la simulation par les réseaux sociaux ou les publicités et pose de réelles questions sur l’essence même de la liberté en se demandant jusqu’où peut aller le contexte encadrant la vie sociale. A partir de quand le contexte, participant à la simulation, détruit-il la liberté qu’il devrait garantir ?


Nerd Anonyme

mardi 26 mai 2015

Freud explique Mad Max : Fury Road

Pourquoi le scénario de Mad Max n’est-il pas inintéressant ?

Alors que je rentrais avec encore du sable, des guitares électriques, et de l’épique plein la tête j’ai très vite cherché à savoir ce que mon ami l’internet pensait de ce film qui vient de sortir et dont tout le monde parle : Mad Max : Fury Road. Un avis presque unanime sur les grandes qualités de  l’œuvre, ses effets spéciaux ou sa mise en scène se profile sous mes yeux satisfaits jusqu’à ce que je réalise que beaucoup hurlent au scandale à propos du scénario. Alors que justement ce qui fait que Mad Max n’est pas un fast and furious bien crade c’est grâce à son scénario c’est grâce à ce qu’il nous transmet. Prend garde internet, nous sommes parti pour une analyse de Mad Max.

Mad Max, en plus d’être un film d’action pure extrêmement bien fait s’amuse à dégager des thématiques (pour beaucoup déjà présentes dans les anciens car chères au réalisateur) intéressantes : une critique de la société capitaliste, une analyse de l’autocratie et peut être du féminisme mais on y reviendra. Des thèmes pour le moins « simples », récurrents dans nos films récents mais qui sont bien là et traités de manière assez intelligente. Alors quand bien même le message de Mad Max serait primaire, il n’est pas inexistant.

Commençons par le plus simple, le plus grossier, ce qui frappe immédiatement le regard : la critique d’une société capitaliste qui s’accompagne avec une réflexion sur le totalitarisme. Remettons en place le contexte : Dans Mad Max, l’humanité s’est effondrée. Depuis la terre n’est qu’un long désert dans lequel des clans se sont formés et sont rivaux. Bref c’est une belle anarchie, Sid Vicious aurait aimé voir ça. Dans tout ce merdier Max se fait attraper et se retrouve prisonnier d’une citadelle, petite autocratie dirigée par Immortan Joe qui a vraiment mais vraiment une tête de méchant, sorte de Dark Vador sans le côté Anakin mignon qui se serai perdu durant des années sur Tatooine.

Coucou
Cette citadelle représente notre société actuelle avec des traits extrêmement grossiers et caricaturés. Ici on dépeint un peuple qui fonctionne sur le besoin, dépendant de l’eau, de la nourriture, tous ces biens que possède notre cher Joe. Ils vivent sur un mode de consommation constante (au point où l’autre est devenu un bien par son sang) et c’est ce mode de vie qui tient la société : Immortan détient les ressources ainsi il détient la population, entre tribus ils ne font la paix que par l’échange, le commerce. Dès qu’il ne s’agit pas de donner, il n’y a que la guerre en retour. Le commerce permet la paix, exactement comme dans notre monde d’interdépendances actuel. Les marques sont omniprésentes dans le film avec la fameuse « eau cola » ou « gaz ville » ce qui appuie encore plus cette démonstration d’un monde de capitalisme. Si les traits sont si grossiers c’est pour présenter un peuple caricaturé esclavagé par la consommation, qui ne se rend pas compte de ce qu’il se passe et qui obéit aveuglement tant qu’on lui donne. Se dégage dans cette première image un nihilisme pessimiste. Le nihilisme c’est le fait que « les  hautes valeurs se dévalorisent ». C’est une notion introduite par Nietzsche (le philosophe dont personne ne retient l’orthographe du nom) à la fin de XIXe et reprise plus tard par Cioran, philosophe roumain d’expression française qui, au nihilisme rajoute le pessimisme, donnant une vision sans espoir de l’humanité : « […] nous galopons vers des horizons d'apoplexie, vers les miracles du pire, vers l'âge d'or de l'effroi. » écrit-il à propos de sa société, ce qui illustre bien l’image de l’humain du futur que nous offre Mad Max.

Sauf que nous vivons au sein de "démocraties" principalement alors que dans le film il s’agit d’une autocratie, il n’y a qu’un homme à la tête de tout ceci, Immortan qui pourrait représenter à lui seul l’élite possédant les ressources qui nous asservie en quelques sorte. En effet, si on maintient l’idée que le film représente notre société, il nous montre aussi en quoi nous vivons aujourd’hui dans une sorte de tyrannie, celle des grandes marques et des élites. Pourquoi Immortan Joe est-il devenu un tyran ? Petit 1, parce qu’il s’est accaparé les ressources. Mais surtout petit 2, parce que son peuple est ignorant. Selon La Boétie, humaniste du XVIe siècle, si les tyrannies montent ce n’est pas plus la faute du despote que celle du peuple qui est complice de tout ceci en l’acceptant. Bien plus tard Hannah Arendt au lendemain de la seconde guerre mondiale, poursuivra cette réflexion en se demandant d’où vient l’acceptation du peuple. Celle-ci ne vient pas forcément de la lâcheté ou de la peur mais de la bêtise. On annihile la capacité de réflexion des masses qui acceptent comme des bêtes. Dans Mad Max, le peuple est ignorant, ce qui est illustré par la réplique de Splendid lorsqu’elle jette Nux du camion : « Alors qui a détruit le monde ? ». Elle ne sait pas, personne ne sait, la situation est arrivée et comme personne n’en connait la cause elle est acceptée. Dans notre société actuelle, seule l’élite sait comment fonctionne vraiment le commerce ou même la politique et c’est cette absence de connaissances qui plonge, dans le cas du film les personnages sous la domination d’Immortan et dans le cas du parallèle avec notre société, sous la domination des entreprises. Tout comme les personnages ne vont pas manifester auprès de leur chef pour récupérer plus d’eau, il ne nous est jamais venu à l’esprit d’aller casser l’entreprise Evian pour récupérer cette ressource naturelle.

Tes mamans
Si les femmes sont si importantes dans le film c’est qu’elles représentent l’appel à la révolte et qu’elles mettent en place le schéma du meurtre du père théorisé par Freud lui-même. Si le réalisateur a choisi des femmes pour ce rôle je ne suis pas sûre que cela soit du féminisme ostentatoire mais je pense que les femmes ont été choisies pour symboliser l’image de la mère, c’est-à-dire l’opposé direct du père mais peut être que je me trompe. Ces demoiselles sont les Lumières et de par leur capacité reproductrice, elles sont l’espoir. Le peuple ignorant représenté par Nux devient éclairé face à l’intelligence d’une des filles et comprend et n’accepte plus le tyran. La jeune fille blonde évoque les premières formes de déisme (c’est-à-dire le pouvoir de pratiquer la religion comme on l’entend) lorsqu’elle prie en disant qu’elle ne s’adresse à personne en particulier. Les femmes ici sont la philosophie des lumières. Et ce sont ses femmes qui [ici on part sur une base de spoil alors libre à vous de continuer] vont tuer Immortan Joe, le père. Selon Freud, le meurtre du père est l’avènement de l’acte social, c’est la création d’une fraternité autour du crime qui permet la destruction d’une tyrannie stérile (projet social assez véridique dans l’histoire, pensons à l'exécution de Louis XVI qui a unie toute une partie du peuple français autour du meurtre du père de la nation).

Alors comment comprendre Mad Max ? On peut le voir comme un film qui dénonce notre asservissement à l’élite autoproclamée. On pourrait peut-être aussi y voir un appel à la réflexion, à la volonté de ne plus être « suiveur » mais chercher à comprendre ce qui nous entoure et après choisir de l’accepter ou pas. Mais il est possible que je verse dans la surinterprétation puisque mon point de vu jusque-là est influencé par des réflexions très personnelles. De plus je n’ai pas tout évoqué et Mad Max peut être analysé plus rigoureusement que ça. Mais il n’empêche que le film est plus qu’une course poursuite de deux heures et qu’il tente de dégager des enjeux que chacun est libre d’interpréter comme il le veut.

Nerd Anonyme

vendredi 22 mai 2015

Aristote défend ton jeu vidéo préféré

Le jeu vidéo est-il un art ?



Lorsque le cinéma est apparu dans notre vie, la plupart des personnes n’y croyaient pas. Les Frères Lumière eux même prenaient tout ceci pour un jeu. Ils s’amusaient simplement à tourner des choses pensant que ce qu’ils faisaient n’avait aucun avenir et que l’activité était en somme très vaine. De fils en aiguilles, ils ont réalisé que des images projetées sur un écran pouvaient rapporter de l’argent et que filmer était peut être certes vain mais rapportait des billets verts. Le cinéma, de distraction pour quelques bonhommes, devient un objet de vente. Et puis ensuite ? Aujourd’hui, le cinéma est considéré comme le 7ème art, on ne compte plus les cinéphiles à travers le monde, les films la plupart des gens aime ça, c’est accessible et ça regorge de possibilités. Voilà en traits extrêmement grossiers, le passage d’objet vain à art total. Alors, le jeu vidéo est-il un art ?

Les plus nerds d’entre nous lèvent déjà le poing un hurlant un « ahou » très spartiate et virile parce que le jeu vidéo, on aime ça et si on nous demande, oui, c’est un art. Mais en cas de dîner mondain avec des intolérants il faut avoir des arguments, et si on est un geek mais qu’en plus de ça on sort des références pédantes pour convaincre, ça marche à tous les coups.
Avant de se demander en quoi le jeu vidéo est un art, je pense pertinent de retourner le problème en utilisant un syllogisme (mais si vous savez, « Tous ceux qui n’aiment pas les croquettes sont des hommes, or mon chat n’aime pas les croquettes, donc mon chat est un homme  » est un exemple de syllogisme). C’est-à-dire se poser la question, pourquoi le jeu vidéo ne serait-il pas un art ? Si j’utilisais prétentieusement le mot syllogisme il y a quelques lignes c’est parce que cette technique de raisonnement logique fût inventé par Aristote, notre bon vieux philosophe grec, et que justement pour défendre nos consoles il va falloir invoquer cet ancien parce qu’Aristote il est quand même badass, il a fait des réflexions sur à peu près tous les sujets du monde des sciences jusqu’à la littérature, c’est un peu le pilier de la philosophie, c’est notre yoda à nous quoi.

Donc Aristote qui aimait parler de tout a un jour gratté sa belle barbe et s’est dit qu’il fallait bien parler de l’art. Alors qu’est-ce que l’art pour lui ? Nous allons découper sa définition par petits bouts et voir ce qu’on peut en faire avec notre démonstration. Selon lui, l’art consiste dans un premier temps à « une disposition à produire accompagnée de règles ». Je ne crois pas avoir besoin de beaucoup argumenter là-dessus. La production d’un jeu vidéo nécessite bien évidemment une grande technique. Je ne pourrai programmer un jeu vidéo sans la moindre connaissance, sans suivre parfaitement les lignes de codes. Tout ce qui est produit par un ensemble de règles est un art, or le jeux vidéo est produit par un ensemble de règles, donc le jeu vidéo est un art (je trouve qu’on pourrait résumer la technique du syllogisme par « ferme ta gueule j’ai raison ».).
Ensuite, parce qu’Aristote il devait poser des heures pour qu’on grave sa gueule dans le marbre donc il avait le temps d’approfondir sa réflexion, l’art « se meut dans le domaine du
contingent. » Alors déjà une petite précision sur ce qu’est le contingent selon ce monsieur. Le contingent c’est quelque chose qui n’est pas nécessaire, qui pourrait être ou ne pas être (telle est la question), qui pourrait être différent. Effectivement, autant le jeu vidéo ça occupe bien les journées, autant s’il n’existait pas ça ne referai pas la surface de la planète. Assassins creed est, Interstellar est, mais mon assassin pourrait être un petit chat aussi bien que Matthew McConaughey pourrait être Nicolas Cage (ahahahahahahahahah). Ces deux œuvres d’art peuvent être différentes elles ne sont pas régies par des lois immuables. Tout ce qui est contingent est un art, or le jeu vidéo est contingent, donc le jeu vidéo est un art (bon j’arrête promis).
Enfin, bien entendu « l’art concerne toujours un devenir ». C’est une production, matériel (tableau, sculpture) ou intellectuel (la philosophie) et une nouvelle fois je n’ai pas à m’étaler sur des lignes pour les explications. Le jeu est une production.
(Il ne reste que deux paramètres accrochez-vous c’est presque fini).
De plus l’art comme beaucoup le reconnaissent est quelque chose qui « [produit] le plaisir ». Dans cette formulation que j’ai extraite ainsi sans contexte il s’agit de plaisir esthétique. Un plaisir qui procure de l’émotion, qui donne quelque chose comme de la stupéfaction, un petit frisson, un sourire. Que les plus sceptiques d’entre vous osent me dire que ça :
 Ori and the blind forest

ça ne possède pas un certain plaisir esthétique.
Je vais très vite finir sur la fonction de la mimesis dans l’art. La mimesis n’est pas un sujet que je maîtrise énormément alors pour éviter de faire le faux savant je vais parler de ce que j’en ai compris et rester très vague afin de ne pas creuser des détails de la notion que je ne peux pas comprendre : l’art permet d’imiter l’humain soit parfaitement soit en l’esthétisant et l’homme aime ça. La mimesis était une notion très importante des tragédies à l’époque grecque (mais je pense qu’on peut l’étendre à l’art en général) parce qu’imiter ainsi l’humain permet de se purger de ses émotions en les regardant, c’est plus attrayant quelque chose qui imite notre nature et cela peut produire un discours. La mimesis est omniprésente dans les jeux vidéo et si je peux en citer qui proposent un discours je pourrais bien entendu parler des metal gear ou des bioshock parmi beaucoup d’autres.

En conclusion, tout ce qui est production contingente suivant des règles proposant un plaisir esthétique et une imitation de la nature est de l’art, or le jeu vidéo est une production contingente suivant des règles proposant un plaisir esthétique et une imitation de la nature, donc le jeu vidéo est de l’art. Ou du moins il l’est devenu. Oui Pong ce n’est pas de l’art, il n’y a pas de discours, d’esthétique ni encore de vraies règles strictes. Sauf que le premier film des Frères Lumière n’était pas de l’art non plus. Le jeu vidéo a évolué et aujourd’hui certain jeux qui sortent sont incontestablement de l’art.



Nerd Anonyme